La plupart des équipes amateurs abordent un BO3 comme trois parties indépendantes. Elles draftent la game 1 du mieux qu’elles peuvent, puis improvisent la suite en réagissant à ce qui vient de se passer.
C’est exactement là que se perdent les séries. En BO3, la game 1 contraint déjà la game 3 : tout ce que tu montres, l’adversaire le verra, et il aura deux drafts pour l’exploiter. La draft se prépare donc au niveau de la série, pas de la partie.
Ce qui change entre la soloQ et un BO3
- La mémoire : en soloQ, personne ne se souvient de ta partie précédente. En BO3, l’adversaire a vu ton pick, ta façon de le jouer, et il adaptera ses bans.
- Le format : fearless ou non. En fearless, un champion joué est retiré pour le reste de la série, ce qui change tout le calcul de profondeur des pools. Vérifie le règlement avant de préparer quoi que ce soit.
- Les côtés : le côté bleu prend le premier pick, le côté rouge répond en dernier. La série alterne, et une draft préparée pour le côté bleu ne tient pas telle quelle côté rouge.
Ces trois points suffisent à invalider la méthode la plus répandue chez les équipes amateurs, qui consiste à préparer une composition idéale et à essayer de la sortir à chaque game.
Cartographier ses pools avant le tournoi
Une draft ne se prépare pas le jour du match, elle se prépare quand tu écris ce que ton équipe sait jouer. La règle de base : trois champions maîtrisés et deux champions de dépannage par joueur.
Pourquoi trois et deux. En dessous de trois champions solides, deux bans suffisent à neutraliser un joueur. Au-delà de cinq, la maîtrise se dilue et tu te retrouves avec des picks jouables sur le papier et fragiles en match. Trois plus deux, c’est le point d’équilibre pour une équipe amateur qui joue deux à quatre soirs par semaine.
Identifier les trous, pas seulement les forces
Une fois les pools écrits, pose la vraie question : quels styles de composition sommes-nous incapables de jouer ? Si aucun de tes cinq joueurs ne peut tenir une composition d’engage, l’adversaire n’a même pas besoin de le deviner, il le verra en une game et t’enfermera dedans pour les deux suivantes.
- Peut-on jouer une composition d’engage frontal ?
- Peut-on jouer un poke ou une composition de siège ?
- Peut-on jouer une composition de scaling qui assume de subir vingt minutes ?
- Peut-on jouer un split push avec la discipline de carte que ça demande ?
Deux styles jouables, c’est un minimum viable. Un seul style, et ta série est décidée avant les bans.
Le piège du one-trick
Un joueur qui ne joue qu’un champion est excellent en soloQ et coûteux en BO3 : un seul ban le transforme en joueur ordinaire, et l’adversaire le sait dès la game 1. Ce n’est pas une raison pour l’écarter, c’est une raison pour lui faire travailler deux alternatives qui remplissent le même rôle dans la composition.
| Rôle | Maîtrisés | Dépannage | Style couvert |
|---|---|---|---|
| Top | 3 | 2 | Engage, split |
| Jungle | 3 | 2 | Early agressif, scaling |
| Mid | 3 | 2 | Poke, roam |
| ADC | 3 | 2 | Teamfight, siège |
| Support | 3 | 2 | Engage, enchanteur |
Top
- Maîtrisés
- 3
- Dépannage
- 2
- Style couvert
- Engage, split
Jungle
- Maîtrisés
- 3
- Dépannage
- 2
- Style couvert
- Early agressif, scaling
Mid
- Maîtrisés
- 3
- Dépannage
- 2
- Style couvert
- Poke, roam
ADC
- Maîtrisés
- 3
- Dépannage
- 2
- Style couvert
- Teamfight, siège
Support
- Maîtrisés
- 3
- Dépannage
- 2
- Style couvert
- Engage, enchanteur
Les cinq bans de la première phase
Les bans de la première phase servent trois objectifs distincts, et la plupart des équipes n’en utilisent qu’un seul.
- Le ban de confort retire un pick individuel : le champion signature d’un joueur adverse, celui sur lequel il a un historique large et des résultats.
- Le ban systémique retire une composition entière : un champion sans lequel leur style préféré ne fonctionne plus.
- Le ban de protection retire une réponse à ton propre plan, pour sécuriser le pick que tu veux vraiment.
L’erreur la plus fréquente consiste à bannir les champions les plus forts du patch. Un champion fort que l’adversaire ne joue pas est un ban gratuit offert. Ce qui compte, ce n’est pas la force absolue, c’est la force pour eux : ce qu’ils jouent, ce qu’ils savent jouer, et ce sur quoi leur style repose.
Sans information sur l’adversaire, reviens aux bans systémiques et aux bans de protection, qui ne dépendent que de toi. C’est toujours mieux que de bannir au classement du patch.
Les bans de la seconde phase, la partie que tout le monde rate
En seconde phase, la moitié de la draft est posée. Rebannir une menace générique à ce stade, c’est gaspiller deux bans, or ce sont souvent les deux plus décisifs de la partie.
- Ferme les réponses à ce que tu viens de picker : si ta composition a une faiblesse connue, retire la réponse la plus naturelle.
- Verrouille les champions flex encore disponibles, ceux qui laissent l’adversaire cacher un rôle jusqu’au dernier pick.
- Retire le contre direct du joueur que tu veux mettre en position de gagner sa lane.
Une bonne façon de vérifier : si tes bans de seconde phase auraient pu être décidés avant le début de la draft, c’est qu’ils ne servent à rien.
Penser la série, pas la game
- Game 1 : la draft qui révèle le moins. Tu joues solide, tu ne sors pas ton meilleur plan, et tu observes ce qu’ils priorisent.
- Game 2 : tu exploites ce qu’ils ont montré, avec le côté qui change. C’est la game où les bans de confort deviennent vraiment informés.
- Game 3 : le pick gardé en réserve depuis le début, celui qu’ils n’ont aucune raison de bannir parce qu’ils ne l’ont jamais vu.
Cette réserve est la partie la plus difficile à tenir : il faut accepter de ne pas jouer son meilleur coup en game 1. C’est aussi ce qui distingue une équipe qui prépare une série d’une équipe qui enchaîne trois parties.
Quand tu mènes 1-0, ne change pas ce qui fonctionne : garde ta structure de draft et laisse l’adversaire prendre les risques. Quand tu es mené, ne change pas tout non plus. Change une chose, celle que la première game a réellement mise en défaut, et garde le reste stable.
La fiche de draft à préparer en amont
Préparer une draft ne veut pas dire prévoir les vingt picks. Ça veut dire arriver avec trois documents courts, décidés à froid, qui évitent de réfléchir sous la pression du chronomètre.
- Trois compositions cibles, avec l’ordre de pick qui permet de les atteindre.
- Trois réponses aux compositions que l’adversaire joue le plus souvent.
- La liste des bans par priorité, séparée en bans de confort, systémiques et de protection.
Ces trois documents se préparent une fois par tournoi et s’ajustent en quelques minutes avant chaque adversaire. C’est infiniment plus efficace que d’improviser pendant les trente secondes de la phase de ban.
Préparer ses drafts sans tableur
Les pools de champions dans un tableur ont deux défauts : ils ne sont jamais à jour, et ils ne disent rien de ce que le joueur vaut réellement sur ce champion.
Sur HexCore, les pools de champions et les compositions vivent au même endroit que les données de jeu de l’équipe. Tu vois ce que chaque joueur sait jouer, tu construis tes compositions cibles à partir de là, et l’historique des séries te dit ce que l’adversaire que tu as déjà croisé avait priorisé. La fiche de draft décrite plus haut cesse d’être un document à tenir à la main.


